Open source, cette conversation difficile

Par Nicolas le Douarecen March 2021 - contribuer

Vous avez remarqué ? parler d'open source est bien compliqué. Les à priori, préjugés et autres poncifs ont la vie dure. Les exemples semblent connus, mais derrière les histoires légendaires, qu'en est-il de la réalité au quotidien.
Il faut s'accorder sur une définition du terme, se mettre d'accord sur ce qui est open source et ne l'est pas, faire attention à ménager les susceptibilités des uns (libertaires de ce monde unissez vous derriere Richard Stallman) et des autres (capitalistes de ce monde...).
Et là où cette contre culture de la propriété intellectuelle fleurit naturellement dans le code informatique, dés qu'on en sort, la graine semble avoir du mal a pousser, malgré des arrosages et expositions aux soleils multiples.
Il faut dire, il est facile de se perdre, entre open source et commun, entre méthodes de développement plus ou moins ouvertes et agiles, entre ateliers de collaboration plus ou moins ouverte, entre les multiples licences, les communautés de pratique, de partage et de pensée (commune ! car on est bien entre nous) entre plateformes "open source" et produits, entre modèles économiques plus ou moins nouveaux, bref entre tel et tel "buzzword" du moment.
Toutes ces distractions pour éviter de se lancer dans l'inconnu. Et plus on en parle, moins on en fait...

Open source, épouvantail.

Ouvrir la source, la Fontaine (mauvais jeu de mot) en parlait déjà très bien, c'est exposer sa vulnérabilité, se faire critiquer, s'exposer au désaccord, ranger son ego, mas surtout risquer que quelqu'un d'autre, un ennemi, un prédateur vienne boire à cette source et s'en trouve fortifié.
Et puis cette source (...de valeur comme on dit), fruit d'un dur labeur, qui va me rétribuer pour cette valeur et cette fraicheur que tout le monde semble apprécier tant !
Des peurs légitimes qui demandent qu'on les écoute, les respecte et les prenne comme telles, des peurs, des pensées négatives, des risques qui comme toute bonne stratégie se mitigent.

Quel est le PIRE qui puisse arriver ? cette "question puissante" libère les shakras de l'aventurier qui sommeille en nous tous. Explorer le pire permet de le décrire, l'envisager, et le gérer, et de se rendre compte qu'au pire, ce n'est pas si grave. Mais au mieux, ce serait tellement bien !

Open source, contre culture.

Open source et closed source ont les mêmes finalités : l'amélioration des conditions de vie / de travail des communautés impactées, et pour les initiateurs, s'en retrouver reconnus par leurs "pairs".
Dans les 2 cas tout part d'un petit groupe, 2, 3 personnes pas plus, qui ont une idée, scribouillent sur un bout de papier, ou fabriquent une vague maquette, prototype ou prétotype.

A partir de là tout les sépare.

En closed source, on va vite vite cacher ce que l'on fait, renforcer les barrières entre "nous" et les "autres", chercher à imaginer la plus grande cathédrale possible, la décrire dans le plus intime détail, rien ne doit être laissé de coté, au risque d'un effondrement catastrophique. Il faut protéger cette cathédrale, éviter qu'elle se fasse copier, il faut qu'elle soit meilleure, plus haute, plus forte ET moins chère que les autres.

En Open source, on va vite vite publier à qui veut l'entendre un truc pour voir si les hypothèses de départ sont les bonnes. On essaie de créer une première "version", ni brouillon, ni prototype, un VRAI truc utilisable et utile. Et puis l'équipe, telle les premières abeilles d'un essaim, part explorer à la recherche de pollen. Les interactions se multiplient - ou pas, ce n'est pas grave - l'équipe n'a pas vraiment d'idée de ce que leur embryon de "produit" va devenir, mais elle est diaboliquement intransigeante sur qui constituera son premier cercle, puis second, ce qui est "IN" et ce qui est "OUT".. et sait intuitivement ce qui doit être rejeté voire combattu. Cette clarté d'intention, et de vision est curieusement contagieuse et se retrouve dans chaque "contributeur". Des combats internes sont inévitables; ils sont sains, et ne cherchent pas à être évités. Au contraire, ils appellent à être documentés.

Open source, biomimétisme ?

Dans un monde d'ingénieur.e.s, tout est machine. La même cause produit toujours le même effet, un problème peut se réduire en sous problèmes. Notre monde est construit sur ce modèle, au point de confondre le monde et sa représentation simpliste qui nous permet de l'exploiter, parce que cela a trop bien marché !
Et pourtant, on ressent tous de plus en plus l'erreur fondamentale derrière cet engouement.

Dans un monde étrange mais bien scientifique aussi, déjà c'est devenu ces derniers temps plus compliqué, la matière est du vide; le temps est relatif; observer un phénomène, le change à tout jamais; une petite perturbation initiale, et boum le chaos s'invite !

Et dans le "vrai" monde du vivant, tout autour de nous, c'est encore plus "complexe". Dans la nature, tout est interaction, une graine de blé coupée en 2 ne poussera pas ! Tout est équilibre ET déséquilibre, en dialogue perpétuel. Et tout est disponible en source ouverte.

Si on ne ressent pas le besoin de s'émanciper du modèle du monde machine pour tendre vers le modèle du monde vivant, on ne peut se sentir à l'aise dans l'Open source.

Open source, conditions initiales de fertilité.

Concrètement alors, comment fait on pour parler open source sereinement ?

  • Prenez un sujet / objet / produit / service qui sert à un grand nombre de personnes. Attention la définition de l'objet-sujet doit etre la plus simple et generique possible. Cela suggere par exemple que le sujet "voiture" n'est pas bon car il s'agit d'une instance particuliere d'un sujet plus générique, ce sujet c'est plutôt de se déplacer plus vite qu'en marchant sur la route, et à plusieurs ?
  • Définissez sa version la plus simple possible, ou pas loin, mais qui serait utile déjà a un grand nombre de personnes. Construisez cette version et documentez ce que vous avez fait.
  • Publiez et montrez le résultat pour attirer de l'intérêt. Prenez les premières décisions, adoptez les méthodes de gouvernance (qui prend les décisions et comment !) pour la suite.
  • Décidez d'un chemin d'évolution et organisez le travail pour faire les premiers pas !

Et voilà ca y est vous y êtes !

Open source, les critiques

  • Ce n'est pas comme ça que l'on a bati les cathédrales (ou les usines nucléaires) : non sans doute pas, open source et closed source sont complémentaires.
  • Comment gagne t'on de l'argent avec l'open source. Et bien, soyons clair, au début, on n'en gagne pas, on en dépense, et personne ne va vous payer bien cher votre première version...et ce n'est pas différent de toute entreprise humaine. Mais à un moment, si ce qui est produit a de la "valeur" alors les moyens de la cristalliser et de la partager émergeront, sinon le projet s'arrêtera bien vite, tout simplement.
  • L'Open source, c'est risqué ? mais oui bien sur, comme tout initiative entrepreneuriale qui vaille un tant soit peu la peine. Il faut avoir une certaine intuition, et confiance en soi, et des compétences techniques et humaines. Au moins en ouvrant la source, on sait rapidement si elle attire du monde pour y boire ou pas, et ça, ça peut éviter beaucoup d'efforts vains et de gâchis.
  • On ne peut garantir un objet / sujet open source. Non, chacun prend sa responsabilité, à moins que... des acteurs organisés s'emparent justement de cet aspect et offrent un service de garantie sur un objet completement ouvert., en ajoutant une traçabilité infalsifiable sur ses modifications et contrôles.
  • Mais alors n'importe qui sait comment cela marche et peut le modifier ? oui et c'est l'essence de l'ouverture de la source, mais attention, cela ne veut pas dire que les utilisateurs des produits ou services ainsi conçus prennent des risques inconsidérés.. l'experience du numérique pointe plutôt sur l'inverse. et certains abus d'acteurs dominants du "closed source" (dieselgate anyone ? airbags Toyota ??) montrent bien qu'une telle posture ce n'est pas la panacée non plus.

Open source, les freins techniques

Là où dans le numerique tout utilisateur de l'internet utilise inconsciemment l'Open source (coucou Apache et linux !) et peut adopter sans trop de difficultés des logiciels open source sur son ordinateur (coucou VLC, libre office, etc), dès que l'on travaille avec plus gros que des bits et des électrons, ça se complique :
machines outils, compétences mécaniques, fournitures des "briques", soudure ou assemblage, rien n'est simple.

Des "intégrateurs" sont requis (coucou le modèle économique), or ces integrateurs de la source ouverte aujourd'hui n'éxistent pas.

Est ce la syndrôme de la poule et l'oeuf, pas d'intégrateur sans open source et pas d'open source sans intégrateur ? N'est ce pas la place que peuvent prendre certains industriels du "closed source" ? Nous explorons ces sujets dans des projets concrets et bien sûr open source comme V.O.S. ou encore ECOTRAIN.