par Margot Sanchez • Articles, territoires

A quoi bon encore développer des plateformes de covoiturage ?

Fédérer un écosystème

Les collectivités territoriales sont tout à fait conscientes des enjeux du covoiturage et certaines ont d’ailleurs passé des marchés publics avec des entreprises spécialisées. Pour la grande majorité de ces marchés, ce sont des sites web de mise en relation entre conducteurs et passagers, réalisés en réponse à un cahier des besoins. Au delà des possibilités offertes par des expérimentations, il s’agissait de la principale mesure pouvant être prise par une collectivité pour favoriser le covoiturage. A fin 2018, on dénombrait encore près d’une centaine de plateformes de covoiturage spécifiques à une échelle municipale, départementale, régionale, d’une parc naturel ou bien d’une zone d’activité.

Désormais, le cadre juridique change avec le projet de Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) : prochainement les autorités organisatrices disposeront d’un cadre juridique plus propice au développement des mobilités partagées. En attendant, les Autorités Organisatrice de la Mobilité (AOM) peuvent d’ores et déjà commencer les réflexions sur leur rôle dans cet écosystème : celui de fédérer l’accès à la mobilité.

“En réalité nous avons besoin d’une diversité d’acteurs, de modèles et de solutions. Nous avons besoin d’acteurs publics qui donnent accès équitablement à toutes les offres de services de mobilité, en informant sur les solutions dans la perspective de l’intérêt général (certaines solutions, dans certains contextes, ont plus de valeur pour la société que d’autres). “

Quel MaaS pour l’intérêt général ?,  Ghislain Delabie, Le Lab OuiShare x Chronos, 2018

Cultiver la diversité

Chaque habitant du territoire a des pratiques différentes, et est légitime à choisir son service covoiturage favori (application, plateforme web, association, etc), en fonction de ses besoins, ses usages, ses habitudes, ses préférences. Ainsi, il est inenvisageable d’affirmer qu’un service de covoiturage unique couvrira l’ensemble des besoins des habitants.

Le registre de preuve de covoiturage, développé selon la méthode Startup d’Etat, oeuvre comme une plateforme d’agrégation des opérateurs de covoiturage volontaires. Les collectivités territoriales, peuvent ainsi favoriser le covoiturage tout en laissant le choix de la plateforme convenant le mieux à chacun de ses citoyens.

“La puissance publique peut désormais agir en facilitant l’accès à différentes ressources, biens publics, biens communs, infrastructures cognitives, au lieu de prétendre réguler par l’interdiction. En donnant accès à ses données, à ses logiciels, à ses simulateurs, à une identité authentifiée (à travers FranceConnect), à une monnaie. En nouant des relations dynamiques avec ces communautés pour mieux encore servir l’intérêt général.”

Des startups d’État à l’État plateforme, Pierre Pezziardi, Henri Verdier, Fondapol 2017.

Encourager et dynamiser l’écosystème français

On ne parle plus d’une mobilité mais plutôt des mobilités. Le covoiturage fait partie intégrante d’une de ces formes de mobilité. Cependant, à l’heure où les opérateurs du court-voiturage français cherchent encore leur modèle économique, les géants du numérique investissent jour après jour le paysage de la mobilité. Ces géants que sont des Google Maps ou Waze ne peuvent se targuer de répondre encore à tous les besoins locaux et particuliers, notamment sur le covoiturage. A l’heure où ces lignes sont écrites, ces géants ne sont pas encore sur le marché métropolitain du covoiturage.

Les opérateurs participant à la co-construction du registre de preuve sont, quant à eux, majoritairement des acteurs français. En choisissant d’encourager l’ensemble des opérateurs de covoiturage partenaires du registre, une collectivité dynamise donc l’écosystème français.

Le défi est de taille : développer une stratégie pérenne dans un territoire où cohabitent des opérateurs privés et des plateformes publiques. Ceci dans l’objectif de développer des mobilités plus durables et plus inclusives.

Rechercher l’expérience utilisateur et la performance

La facilité d’usage des interfaces est au coeur de la rétention des usagers. Sans expérience utilisateur (UX) optimale, les utilisateurs ne resteront pas sur une application quitte à abandonner leur volonté de covoiturer. En termes d’expérience utilisateur, on observe un grand écart entre des interfaces web produites il y a quelques années et des applications en capacité de prédire nos futurs mouvements.

Pour atteindre des standards en termes d’UX et de performance, deux solutions s’offrent aux collectivités. La première consiste à lancer un marché public pour améliorer drastiquement les anciennes plateformes publiques. Ceci signifie des coûts en termes de temps homme pour la rédaction de l’appel d’offre, le suivi de la réalisation, le paiement du service, la maintenance, etc. La seconde consiste à encourager une stratégie de plateforme et utiliser des fonds publics sur de l’incitation au covoiturage peu importe l’opérateur ou le service public ou privé. Ceci peut bien entendu se faire en intégrant des objectifs de politique publique, à travers des conventions assurant la réciprocité.

Au-delà de l’ergonomie, parmi les freins au développement du covoiturage on retrouve également la garantie du trajet retour. Ce frein tend à être résolu par de nombreux opérateurs via des partenariats avec des assurances et/ou véhicules avec chauffeurs. Enfin, le covoiturage ne peut se déployer sans masse critique. La solution serait l’interopérabilité des offres entre plateformes et l’agrégation des différentes communautés. Des travaux prometteurs sont en cours sur ce dernier sujet et sont par ailleurs suivis par la Fabrique des Mobilités.

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L’intérêt général c’est une mobilité pour tous et ouverte. Il n’est donc plus à démontrer que le covoiturage représente une des solutions face à l’urgence climatique et les problèmes de mobilité rencontrés par les citoyens. Avec le registre de preuve de covoiturage, il s’agit de favoriser le développement d’une offre de transports lorsque celle-ci était inexistante ou non performante. Autorités organisatrices, c’est en cultivant et préservant la diversité du secteur que le court-voiturage se développera sur votre territoire.