par Claire Lepelletier • Non classé

Innovations et transports publics : le cas Transpod

La fréquence d’un métro à la vitesse de la lumière ? C’est la promesse ambitieuse faite par la start-up canadienne TransPod à un parterre de journalistes, d’étudiants, de capital-risqueurs et d’industriels curieux venus l’écouter mardi 20 juin dans les salons de l’hôtel des Arts et Métiers à Paris. TransPod, fondée en 2015, reprend le concept d’Hyperloop et le développe avec l’ambition de re-battre les cartes du transport commercial dès 2025.

Un nouveau mode de transport concurrent de l’avion et du train

Reprenant le concept médiatisé par Elon Musk de capsules propulsées sur des coussins d’air dans un tube quasiment sous vide, Transpod se propose d’en corriger les défauts supposés. Il fait par exemple le choix de propulser sa capsule dans un tube dont la pression s’élève à 100 Pa – au lieu de 10 Pa – afin de simplifier l’infrastructure, quitte à augmenter la consommation d’énergie par véhicule. Autre choix technique qui le différencie de son concurrent Hyperloop One : TransPod développe un système de lévitation actif qui améliorerait le confort passager en limitant les secousses.

L’objectif est de proposer un système de transports intercité avec des capsules pouvant contenir une petite trentaine de personnes et circulant jusqu’à 1220 km/h pour une empreinte carbone et un prix du ticket plus bas que l’avion. La liaison Montréal-Toronto serait à l’étude. Par ailleurs, TransPod imagine que son système pourrait concurrencer efficacement le fret routier sur des axes fréquentés.

En 2016, TransPod a levé 20.2 M$ en amorçage auprès du fonds italien Angelo Investments et a engagé des discussions auprès d’institutions et d’acteurs du transport pour un tour de 50 M$ en Série A qui pourrait se conclure à l’automne. La société espère que les prototypes sortiront en 2020 pour un début d’exploitation commerciale en 2025-2030.

Du concept de véhicule futuriste au système de transport public résilient 

La détermination des fondateurs de TransPod à dérouler leur projet et à fédérer des partenaires industriels et financiers force le respect. Toutefois, de nombreuses questions sur la viabilité technique et économique du système restent en suspens. Ainsi les réponses aux questions de l’assistance en cette chaude soirée de juin n’ont pas toujours été convaincantes : peut-on assurer un intervalle de 90 secondes entre des capsules alors qu’elles se déplacent à 1200 km/h ? La décélération en cas de freinage d’urgence sera-t-elle supportable pour les passagers ? Comment gérer les retournements des capsules ? Comment financer les infrastructures ?

En effet la vitesse n’est pas tout et, chemin faisant, TransPod réalise que l’innovation concernant la propulsion en appelle beaucoup d’autres plus terre-à-terre comme la manière d’évacuer élégamment des passagers si le système est à l’arrêt. Le défaut de vision système est un travers que nous avons fréquemment observé parmi les start-up proposant des moyens de transport en rupture : SeaBubbles a certes créé le buzz à Viva Tech en exposant sa première bulle mais il lui faut désormais proposer un système clef en main incluant la recharge et des pontons adaptés en termes de sécurité au transport de masse ; Skytran, dont les biplaces monorail devaient quadriller le ciel de Tel-Aviv, n’a pas décollé. Son fondateur, un ancien de la Nasa, avait sans doute oublié que, si une mission Apollo doit se passer à la perfection une fois, un système de transport public doit pour sa part fonctionner correctement et en sécurité des millions de fois…

A contrario le système ferroviaire et son ami, le bon vieux principe du contact roue-rail, souvent cloués au pilori du conservatisme, peuvent toutefois se prévaloir d’un atout indiscutable : des dizaines d’années d’expérience accumulée en matière d’exploitation et de gestion des modes dégradés qui sont le socle d’un système de transport public résilient et stable.

Dans un contexte où le véhicule est devenu quasiment une commodité (bus, métro…), le savoir-faire des intégrateurs pour faire fonctionner un système de transport public dans le temps apparaît donc comme un différenciant important. Or concomitamment ceux-ci – comme toutes les entreprises traditionnelles – cherchent à innover.

L’aventure TransPod : quels éléments d’inspiration ? 

Le scepticisme de bon aloi vis-à-vis du système Hyperloop n’est en effet pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. A l’instar de Sébastien, le CEO de Transpod qui écoute avec humilité les remarques afin d’améliorer son concept, restons attentifs à la manière dont TransPod et d’autres peuvent nous inspirer.

Tout d’abord, les quelques millions de dollars levés devraient permettre à la start-up d’avancer sur des lots d’étude. Son grand avantage est de partir d’une quasi feuille blanche quand les constructeurs classiques ont un héritage à gérer aussi précieux qu’embarrassant, que ce soit en termes de normes ou de philosophie de conception. Ainsi Ryan, le CTO de TransPod, ne s’embarrasse-t-il pas des principes de signalisation ferroviaire mais se projette directement dans un univers où les capsules dialogueront entre elles grâce à l’intelligence artificielle et la veillance optique… De cette R&D émergeront probablement des briques intéressantes.

Ensuite TransPod réussit à embarquer des industriels qui y voient probablement l’opportunité d’innover hors du cadre établi. Liebherr-Aerospace vient par exemple de signer un contrat pour développer le système cabine, quand IKOS prend à sa charge le système de propulsion. A l’heure où les modèles d’innovation ouverte se cherchent mais ne se trouvent pas toujours, celui-ci mérite d’être observé.

Enfin, la manière dont TransPod se pitche, en insistant autant, si ce n’est plus, sur l’expérience passager que sur les aspects techniques du système, n’est peut-être pas qu’une manière de masquer des lacunes. Elle rappelle à quel point la capacité à faire rêver le futur usager est fondamentale pour le succès des transports de l’avenir.

Ainsi comprend-on mieux que les deux univers évoqués (start-up porteuses de projets de transport futuriste d’une part ; acteurs traditionnels du transport public d’autre part) sont plus complémentaires qu’adversaires.

N’est-ce pas à la croisée de leurs chemins que se trouvera la véritable innovation disruptive ?

Claire Lepelletier appartient à l’équipe Business Hub de la société de capital-risque Aster. Résolument au service des entrepreneurs qui ambitionnent d’établir de nouveaux modèles industriels (et notamment dans les secteurs de l’énergie, l’industrie et la mobilité), le Business Hub d’Aster est un écosystème complet d’opportunités qui accompagne les sociétés de croissance dans leur développement. Actuellement, Aster gère plus de 300 millions de dollars dans plusieurs fonds levés auprès de grands groupes mondiaux et d’institutions.