par julien Delabaca • contributeurs, la Fabrique, territoires

Tribune – Mobilité : que fait-on hors des grandes métropoles ?

Si l’on en croit les discours, l’Etat pourrait porter une nouvelle ambition en matière de mobilité hors des grandes métropoles. Car si ces dernières sont séduisantes pour les urbanistes – elles cumulent poids démographique, dynamisme économique et grandes infrastructures de transports – elle n’attirent pas forcément tous les français. Comme le montrent les études du CGET ou encore de l’Obsoco, il existe de nombreux habitants, non citadins, qui aspirent à tout autre chose : des lieux moins denses, moins pollués, moins contraignants en termes de déplacements. Mais voilà, gérer les mobilités dans ces espaces, hors des métropoles, se révèle complexe.

Evidemment, on retrouve dans ces villes “moyennes” (même si on n’aime pas trop ce terme) quelques problématiques d’embouteillage, comme partout… Mais là s’arrête la comparaison. D’une part, car ces embouteillages ne sont pas encore assez « bloquants » pour véritablement motiver les élus à bouger. D’autre part, car ces villes ne présentent pas les mêmes volumes de déplacements que les métropoles : compliqué d’y faire tourner un bon gros réseau de transports collectifs comme c’est le cas à Paris, Lyon ou Bordeaux. Compliqué aussi de proposer une véritable multimodalité : trop cher pour la collectivité de déployer des VLS, ou de financer de la voiture partagée ; trop petit pour attirer des opérateurs privés et déployer du VTC ou du vélo en free-floating.

Alors faut-il baisser les bras ? Parfois, on en aurait envie… Mais non, voyons plutôt ces territoires comme un champ d’investigation intéressant pour penser de nouvelles formes de mobilité. En préalable, négocions ensemble deux points de vigilance à respecter scrupuleusement :

  • ne surtout pas tenter d’appliquer les recettes des métropoles à ces territoires… cela implique de rester humble et garder le sens de la réalité, même si l’envie de couper des rubans démange,
  • porter des politiques publiques encore plus volontaires que dans les métropoles… dans ces villes, on ne gère pas la saturation, mais plutôt les bus vides.

Concrètement, comment s’y prendre ? S’il existait une formule magique, nous ne serions pas là à en discuter. Questionnons plutôt un subtil mélange entre gouvernance de proximité, participation citoyenne, développement de nouvelles formes de mobilité et utilisation massive du numérique… à doser au cas par cas ! Ca paraît possible, moins coûteux que les stratégies déployées à l’heure actuelle, et surement plus pérenne. Quelques ingrédients distillés ici :

Profiter de la taille « humaine » de ces villes

  • Travailler sur la proximité, intégrer les citoyens et les associations dans les projets : les mettre en réseaux, les inviter à prototyper, expérimenter… vers des familles à mobilités actives …
  • Travailler en direct avec les générateurs de flux importants pour activer le levier de la demande plutôt que celui de l’offre. Cela débute avec les entreprises pour aller plus loin : quid par exemple des centres commerciaux ?
  • Généraliser l’expérimentation, et l’amélioration continue. Avancer en mode “lean” ! Cela nécessite de documenter les succès et les échecs.

Adapter l’offre à la réalité du terrain, en exploitant les nouvelles mobilités

  • Accepter de remettre le transport en commun à sa place. Diluer l’offre n’a aucun intérêt. Tenter de limiter le nombre de lignes, au profit de dessertes aux fréquences très fortes (ex : 10 min) semble plus opportun (quitte à favoriser le rabattement en voiture ou vélo). Si l’on créé des voies réservées aux bus, un simple coup de peinture suffit bien souvent à faire changer les pratiques. On fait comment ? On se la joue “urban hacking” ? On fait du lobbying pour rendre transparent les coûts des TC ?
  • “Désaxer” la politique de mobilité vers le covoiturage et le vélo, avec pour l’un comme pour l’autre : l’expérimentation d’une fiscalité locale adaptée, l’utilisation des voies réservées aux TC, la réservation d’offres de stationnement. Le rôle des associations est essentiel pour aider et faire croître car la puissance publique ne se suffit pas !
  • Comprendre que la voiture sera toujours dans ces territoires un mode “utile et utilisé”. Le stationnement peut et doit être un levier, pas une simple caisse-enregistreuse ou un élément d’argument des PLH !

Développer le soft plutôt que le hard

  • Développer une information multimodale, centralisée. Cela en misant sur une expertise de la données transports, ouverte, associée à des outils libres. Certains pays nordiques le font avec Open Trip Planner !
  • Intégrer les citoyens dans la production des outils d’information (crowdsourcing), via les associations, les établissements d’enseignement,
  • Penser et adapter des dispositifs de signalétique simples, mais multimodaux.

En somme, est il possible de sortir du technicisme ambiant et proposer du bon sens : expérimentons, essayons, optimisons, améliorons. C’est peut être cela l’innovation ! Alors bien sur, écrire, c’est facile. Déployer demande beaucoup plus de courage, de temps, de volonté. La puissance publique est occupée, ou plutôt préoccupée… par des enjeux électoraux, par son système administratif, par une concurrence réelle entre les villes. Les citoyens quant à eux, vivent leur quotidien, comme ils peuvent. Mais alors qui sera demain le tiers de confiance, le facilitateur, le connecteur ? Qui va impulser, motiver ? On a quelques idées.