par Gabriel Plassat • Articles

Mentorat by FabMob : Les trois fausses bonnes idées de scénarios

Cet article a été rédigé par Stéphanie Mitrano Innovation Copilots

Dans son rôle de catalyseur et accompagnateur de l’écosystème de la mobilité, la Fabrique des Mobilités s’est donc penchée sur la possibilité d’utiliser le mentorat comme outil d’accélération des transformations culturelles nécessaires à l’innovation dans ce secteur. Cette démarche a abouti avec la création dans un premier temps d’un livre blanc détaillant les scénarios qui font sens pour la Fabrique et ses membres. Il fait apparaître également les scénarios de mentorat qui peuvent sembler attractifs en surface mais qui ne survivront pas passé le « hype » initial, et surtout n’apporteront pas de bénéfices impactant pour l’écosystème au delà de l’effet de communication.

Cet article est un chapitre extrait du livre blanc, se focalisant sur les 3 scénarios « fausses bonnes idées » de mentorat pour la FabMob et les acteurs de la mobilité.

« … Le mentorat étant une pratique à la mode, les organisations ont tendance à l’utiliser sans une réelle compréhension de ses subtilités et diverses modalités. Le mentorat n’est jamais “plug&play”. Voici donc trois scénarios qui semblent intéressants dans le secteur de la mobilité et dans l’écosystème de La Fabrique mais qui recèlent de nombreux pièges. Dans cette partie, nous explorons ces scénarios afin de comprendre pourquoi ils ne sont pas pertinents pour La Fabrique.

Fausse bonne idée n° 1 : Le mentorat de startups pour se rapprocher de Leur écosystème

Le mentorat de startup est certainement à la mode et c’est en effet un moyen pour les grands groupes de se rapprocher de cet écosystème dynamique et plein de promesse. De plus, la FabMob inclut dans ses réseaux de nombreuses startups qui pourraient participer à ce genre d’initiatives.

Mentorat de startup : des porteurs de projets sont accompagnés par des entrepreneurs expérimentés ou des managers de grands groupes.

Le mentorat de startups par des entrepreneurs expérimentés est déjà pratiqué par de nombreux acteurs publics ou privés régionaux, nationaux et européens, tels que le Réseau Entreprendre, NUMA, et autres incubateurs / accélérateurs, qui ont pour mission le soutien à l’entrepreneuriat et qui disposent d’un pool important de mentors dans des secteurs variés. Dans ce type de mentorat, le mentor n’a pas besoin d’être dans le même secteur que son mentoré, c’est même souvent une source d’enrichissement et garant d’un évitement de potentiel conflit d’intérêts.

Pour les startups de la mobilité, ce type de mentorat peut être très intéressant mais surtout pour les aider dans leur transition entrepreneuriale et non pas parce qu’elles ont la spécificité “mobilité”. Les réseaux historiques de l’entrepreneuriat sont déjà présents et opérationnels et La Fabrique n’aura pas une grande valeur ajoutée sur du mentorat entrepreneurial pur.

Le mentorat de startups par des managers de grands groupes est également intéressant et apporte un enrichissement réciproque, il est beaucoup moins répandu car plus difficile à mettre en place de manière durable, pertinente et impactante. C’est un type de mentorat très attractif pour les grands groupes car ils pensent y faire leur marché R&D, ou que le simple fait d’être connecté aux startups va instantanément transformer leurs managers en intrapreneurs. C’est également très attractif pour certaines startups car elles pensent y trouver leurs premiers clients ou investisseurs. La réalité est que c’est très subtil à régler dans sa construction pour s’assurer que :

  • Les managers en tirent des réalisations et compétences qui leurs seront utiles pour accompagner la transformation culturelle de leur BU et entreprise ;
  • Les startups soient celles qui seront au bon stade de développement pour tirer profit des bonnes pratiques managériales et business.

Globalement, le mentorat de startups n’est pas inintéressant mais dans le cas de la FabMob et pour porter sa vision de transformation des cultures et des pratiques pour innover dans la mobilité et éviter la focalisation sur les licornes, il n’est pas le type de mentorat à plus forte valeur ajoutée. Afin de s’assurer d’un impact fort et rapide, il sera plus intéressant de focaliser la pratique du mentorat sur des sujets clairement identifiés, plutôt que de faire plus vaguement du mentorat entrepreneurial. Le type de mentorat que la FabMob offrira peut inclure des startups mais elles ne sont pas le focus de l’accompagnement.

Fausse bonne idée n° 2 : Le reverse mentoring interne pour accompagner la transformation numérique

Le reverse mentoring ne doit pas être confondu avec une formation aux outils du numérique. Il permet de resserrer l’écart inter-générationel dans la compréhension d’un monde en rapide évolution pour aider les décideurs à être plus pertinents rapidement. Il valorise également les juniors tout en leur donnant plus de contexte stratégique et de recul par rapport à leur propre pratique.

Des mentors junior (“digital natives”) qui accompagnent des mentorés seniors de l’entreprise pour les aider à mieux appréhender l’ère du tout digital, les nouveaux marchés, les évolutions de technologies qui impactent les usages des clients, etc.

La transformation numérique est un des enjeux critiques de la mobilité. Le reverse mentoring est un des formats qui peut être approprié pour l’accompagnement de telles transformations pour des grands groupes qui souhaitent renouveler leur culture, sortir de leur zone habituelle de fonctionnement et être plus rapide à capter des opportunités.

Cela étant dit, le reverse mentoring n’est pas la solution miracle pour revigorer des acteurs historiques d’une industrie. De plus, le « one-size-fits-all » — on apparie un groupe de jeunes de l’entreprise avec des managers seniors — n’est pas forcément pertinent en fonction de l’organisation, sa structure, sa démographie et sa culture. Plus de détails sur les pièges du reverse mentoring ici.

Pour les acteurs de la mobilité, et en considérant leur besoin de s’ouvrir vers d’autres pratiques, cultures, usages ou secteurs, un programme purement interne de reverse mentoring ne sera pas le plus intéressant. De plus, le terme transformation numérique est beaucoup trop vague mais aussi trop réducteur pour répondre aux besoins spécifiques des acteurs de la mobilité. Par exemple, la plateformisation est certe un enjeu de data, et donc du numérique mais pas uniquement. Un reverse mentor interne ne saura pas forcément accompagner cette discussion, être un « digital native » ne garantit pas qu’il aura une expérience de plateformisation à partager.

Fausse bonne idée n° 3 : Le mentorat intrapreneurial externe pour booster Les projets innovants

Cette forme de mentorat convient bien aux incubateurs internes. Il permet en effet de stimuler, accompagner, challenger, et guider des projets internes avec le bénéfices de l’expérience d’entrepreneurs en dehors de la zone habituelle — autre industrie, autre métier, autre culture. La difficulté de ces programmes de mentorat réside dans la capacité de l’organisation à accepter les intrapreneurs, leurs initiatives, façons de travailler et stratégies. Le mentor peut inspirer mais c’est le porteur de projet qui vit la tension entre son esprit entrepreneurial et la réalité de travailler dans une structure complexe. Encore une fois le mentorat n’est qu’un outil, et pas une recette magique.

Des « intrapreneurs », innovateurs et porteurs de projets incubés en interne d’un grand groupe sont mentorés par des entrepreneurs expérimentés.

Si la culture de l’entreprise n’est pas prête pour l’intrapreneuriat, l’incubateur et le mentorat ne pourront pas à eux seuls faire bouger les pratiques. Ils resteront de « belles expériences » et « de bonnes actions de communication » mais sans impact. Ils ne feront que créer des frustrations pour les personnes qui s’étaient engagées. Cette démarche doit faire partie d’une transformation plus globale pour permettre à l’organisation de vraiment capitaliser — apprendre — de l’incubation interne et du mentorat externe.

Pour la FabMob, le mentorat intrapreneurial peut sembler attractif mais il est trop réducteur — centré sur l’intrapreneuriat — alors que les besoins de développement des pratiques des grands groupes peut porter sur d’autres problématiques plus prégnantes, des changements de mindsets plus spécifiques et prioritaires :

En terme de besoin d’agilité métier, un industriel de l’automobile aura plus besoin d’accompagner des équipes de vente pour la transition vers de nouvelles stratégies de monétisation plutôt que de les encourager à être intrapreneurs ;

Pour de la transformation culturelle, la transition vers l’utilisation et la production de communs sera un cap plus critique à passer dans l’écosystème de la mobilité plutôt que d’essayer d’adopter une culture startup ;

Dans l’accompagnement d’un changement business, il sera plus pertinent de faire appel à un mentor pour gagner des « insights » sur les nouvelles pratiques du paiement mobile en Chine qui a vécu cette transition et pas forcément un entrepreneur.  Utiliser des entrepreneurs comme mentors peut être considéré dans les programmes proposés par FabMob mais cela ne doit pas être un programme en soi.

Le mentorat est un outil qui se révèle être très puissant dans l’accélération des transformations culturelles des organisations et écosystèmes. Cependant, la pratique a été tellement galvaudée ces 10 dernières années qu’il est nécessaire de revenir plus en profondeur sur ses subtilités et mécanismes. Une équipe d’experts a donc aidé la Fabrique à déterminer trois modèles de mentorat alignés avec les valeurs FabMob, répondant aux besoins des acteurs de la mobilité et prenant en compte les meilleures pratiques du mentorat. Ces trois modèles sont également détaillés (principes, ROIs, pièges, organisation, opérationnalisation etc.). Le Livre Blanc du Mentorat sera partagé le 14/02/2018 à l’issu d’un Atelier dédié, organisé au Square Renault et réservé aux adhérents de la Fabrique.