par Gabriel Plassat • Innovation, la Fabrique, Non classé

La Fabrique des Mobilités est un pari

La Fabrique des mobilités est un pari à la mesure des enjeux et des acteurs en train de se positionner dans ce domaine. Les transports conditionnent toutes nos activités individuelles et collectives, les évolutions associées déterminent donc largement nos futurs. Nous proposons une vision qui s’est forgée par l’analyse des forces en présence, de nos atouts et des formidables gisements d’innovations de notre écosystème européen. La Fabrique est un nouveau dispositif d’aide à l’innovation porté par l’ADEME. Elle se veut radicale, globale et frugale.

L’étude Visions 2030-2050 de l’ADEME indique, que dans le domaine des mobilités, le passage de l’objet automobile vers les services de mobilités peut être une chance à saisir pour réduire nos émissions, industrialiser de nouvelles offres créatrices de valeur pour des marchés mondiaux et offrir des mobilités performantes au quotidien pour tous les citoyens. Le passage au service induit simultanément trois niveaux de progrès conjoints :

  • Le véhicule est plus efficient car optimisé pour un usage. Comme il n’est pas vendu à un particulier des options inédites peuvent être mises en oeuvre. « Nous utiliserons des véhicules que nous ne voudrions pas acheter ».
  • Sans clé dans la poche, le citoyen choisit le meilleur mode pour chaque déplacement,
  • Gérée par un professionnel, une palette de solution énergétique devient possible. L’économie de la fonctionnalité et de l’expérience peuvent s’y déployer.

Dès aujourd’hui, des changements de comportement s’observent. Ils sont rapides et impliquent des millions de personnes. Ces pratiques de mobilités sont au cœur de l’équation à résoudre. Nous savons industrialiser des objets performants, incarner cela dans des rêves et des messages politiques mais nous ne savons pas industrialiser des changements de comportement. Aujourd’hui, de nouveaux acteurs y arrivent : les entrepreneurs.

En quelques années, Blablacar a industrialisé l’information et la confiance pour permettre de partager un excès de capacité de siège libre. Frédéric Mazzella a rattrapé le retard, comblé un vide laissé par des industries de masse concentrées à vendre des objets. A l’ère du numérique, tous les vides seront comblés, ce n’est qu’une question de temps. Nous pouvons donc faire alliance avec ces acteurs qui agissent et développent des offres en partant des problèmes selon des méthodes spécifiques. La Fabrique accompagne des projets radicaux, ceux qui questionnent les frontières existantes et les positions acquises.

Mais une startup seule a très peu de chances de réussir. Nous allons la protéger, lui donner accès à un maximum de ressources pour lui faire gagner du temps, lui offrir un espace pour qu’elle puisse plus vite tester, itérer, échouer puis recommencer. En rassemblant plus de 30 partenaires, des territoires, des industries, des laboratoires, des écoles, des incubateurs, nous connectons au plus près des projets de nombreuses richesses. En mirroir, ces projets vont permettre aux groupes industriels de se confronter à des entrepreneurs exigeants. Ces échanges vont les amener à collaborer de façon radicalement différentes, en mettant en œuvre des liens faibles, puis à intégrer eux-mêmes les méthodes, les outils et les processus qu’utilisent les startups. La Fabrique se veut un espace global de formation dans l’action. Nous avons autant besoin de startup que d’industries ré-inventées.

La Fabrique va tout autant accompagner ces industries dans leur transformation en utilisant les projets comme un moteur. Dans des marchés conscients, c’est à dire impliquant des citoyens éduqués, connectés et soucieux, leurs stratégies devront être re-questionnés intégralement. Par exemple, qu’est ce qu’une compagnie pétrolière aujourd’hui et demain ? Un simple fournisseur de carburant ou une société capable de réduire les externalités négatives, de garantir que chaque MJ a été utilisé de la meilleure façon pour chaque entreprise ou particulier. En devenant conseiller pour un monde efficient, il ne vendra plus des produits pétroliers mais l’accès à une plateforme permettant à chaque client de trouver la meilleure énergie ou économie d’énergie permettant de réaliser son activité et de produire des bilans environnementaux complets. L’économie de la fonctionnalité mais aussi celle de l’expérience pourront s’y déployer.

De la même façon, qu’est ce qu’un constructeur automobile aujourd’hui et demain ? On ne vendra pas de la mobilité de la même façon qu’une tonne de matière. Pouvoir proposer la meilleure solution non pas uniquement de mobilité, mais également d’immobilité. Pouvoir connaître en toute transparence les émissions générées par chaque déplacement. Quel constructeur affichera en premier les émissions réelles de ces voitures ? et offrir également du sur-mesure à la multitude de citoyens et d’entreprises.

En ouvrant un espace où chaque industrie pourra explorer son futur, pourra se tromper, pourra confier ses projets bizarres, la Fabrique des Mobilités veut porter cette évolution culturelle. La FING nous l’indique dans sa dernière étude annuelle Questions Numériques :

La transition énergétique sait où elle veut aller mais elle ne sait pas comment, la transition numérique c’est l’inverse.

Pour cela, le numérique a remis en œuvre un concept ancien, celui des communs. Pourquoi développer chacun le même logiciel si une communauté pouvait le réaliser, mutualiser et se rémunérer sur l’usage ? La Fabrique invente ainsi dans un domaine industriel mélangeant des données, des logiciels mais surtout des composants physiques, une nouvelle façon frugale de faire travailler ensemble tous les acteurs.

En capitalisant pour chaque projet des communs utiles pour tout l’écosystème, la Fabrique met en œuvre les théories développées par Michel Bauwens sur l’économie des communs et l’économie des plateformes. Les communs incarnent et matérialisent les richesses vivantes de l’écosystème. La Fabrique apporte alors aux projets et aux partenaires des conseils pour innover en faisant levier des communs pour mieux s’alléger des développements mutualisables, nécessaires mais non stratégiques. Comme l’optimisation de l’excès de capacité, les communs vont se déployer dans le monde de l’économie de la connaissance et de la rareté matérielle. Ce n’est qu’une question de temps. La Fabrique des Mobilités veut accélérer ce temps-là.

Pour en savoir plus :

Visions 2030-2050 de l’ADEME : le rapport

Transitions² par la FING : le rapport

Michel Bauwens : Commons Transition, Policy proposals for an Open Knowledge Commons Society

Nicolas Colin et Henri Verdier : l’âge de la multitude v2