par Gabriel Plassat • Innovation

TUPI pour traiter la qualité de l’air en ville

Dans le corps humain, les artères sont des transports en commun qui  font place à un système capillaire pour amener directement le sang aux cellules. Dans les villes les transports en commun doivent être suivis par des transports individuels pour amener directement les personnes à destination. C’est le rôle du nouveau système de motilité ici décrit.

Gabriel : Bonjour Professeur Bismuth, vous êtes à l’origine de TUPI. Vous êtes professeur de chirurgie, spécialiste mondialement reconnu du foie, comment êtes vous arrivé à vous intéresser au secteur des transports ?

Pr.H.Bismuth : Dans mon hôpital à Paris, nous avons développé un centre d’addictions. Ces addictions concernent en premier le tabac (80000 décès par an), l’alcool (50000), et la suralimentation, cause de surcharge pondérale. Ces addictions sont toutes liées à des productions industrielles. Par leurs pathologies et leur fréquence elles peuvent être appelées épidémies industrielles. Une autre production industrielle qui a des effets pathologiques importants, c’est la pollution de l’air qui entraîne 48000 morts par an. Pour les premières, la victime est le consommateur, alors que là, la victime est différente du consommateur. Il n’y a pas de lien et sens de responsabilité évident.

La pollution de l’air est cause de pathologies graves : affections cardio-vasculaires, affections respiratoires, asthme et même cancers. L’enfant est particulièrement exposé par le développement de complications asthmatiques. Lors du dernier pic de pollution en décembre 2016, l’Assistance Publique de Paris a rapporté une augmentation de 35% de consultations pour les enfants. L’exposition des enfants prédisposés génétiquement conduit à une plus grande fréquence d’asthme à l’âge adulte. Fait inquiétant, chez les enfants avec asthme, des biopsies bronchiques ont trouvé des particules à l’intérieur des poumons.

L’étude ESCAPE a montré, dans 12 pays européens et 23 villes sur 400000 personnes suivies sur 10 ans, que chez les habitants vivant à moins de 100 m d’une voie de grande circulation,  il y avait une augmentation de 7% de mortalité. Le seul critère différenciant est la pollution atmosphérique plus élevée respirée par ces personnes. C’est donc bien une épidémie industrielle avec de graves pathologies. Voilà pourquoi je m’intéresse au secteur des transports.

Gabriel : Pensez vous que les actions en cours vont résoudre ces problèmes ? Avons nous les bonnes dynamiques collectives dans les villes ? En Europe et ailleurs dans le monde ?

Pr.H.Bismuth : Il y a effectivement de nombreuses actions en cours visant à réduire la pollution de l’air dû au trafic automobile dans les villes et à la congestion. Par exemple pour Autolib, qui est une bonne alternative de transport, il est estimé que l’objectif de 80 000 trajets par jour serait l’objectif rentable, mais seulement sur le plan économique car en terme de pollution, rapporté au nombre total de trajets journaliers dans Paris de 2,5 millions  ce ne serait qu’une diminution d’environ 3%. Toutes les actions prises pour diminuer la pollution urbaine, vélo, covoiturage, zones piétonnes … font baisser dans une certaine mesure la pollution mais l’effet est très limité et il faut aller plus loin. L’interdiction du Diesel, forte cause de pollution, pourrait permettre une baisse réelle mais cette mesure semble difficile à appliquer. Beaucoup de ces mesures sont des interdits qui sont mal perçus. Le citadin peut être tenter quelquefois de les contourner comme la circulation alternée.

Il est souhaitable de mettre en œuvre de nouvelles solutions. Si la voiture particulière reste le mode de transport préféré des citoyens, c’est parce qu’elle permet le “porte à porte”. A partir de là, j’ai imaginé un système qui vise à offrir le porte à porte pour dissuader l’usage de la voiture particulière possédée.

Gabriel : Vous avez imaginé et développé une version prototype d’une nouvelle solution de mobilité baptisée TUPI utilisant des voitures électriques. Pouvez vous nous décrire ce service de mobilité, ses avantages ?

Pr.H.Bismuth : TUPI signifie Transport Urbain Public Individuel. On est parti de plusieurs impératifs : le porte à porte, le trajet individuel (80% des trajets urbains par voiture sont avec le seul conducteur) pour des trajets courts de quelques kilomètres (50% des trajets urbains) et sans pollution locale donc électrique. Sur cette base, nous proposons de mettre en place dans la ville une flotte de petits véhicules électriques avec des conducteurs chargeant des clients grâce à un appel géolocalisé comme Uber. La différence vient du prépaiement de trajets fixés à l’avance. Le client achète par exemple 10 trajets domicile-travail, donc chaque déplacement est prévisible. Les avantages sont nombreux : pas de stationnement, prise en charge rapide avec une attente de moins de 2 min, personnalisée et sécurisée, avec un véhicule fonctionnant à faible vitesse, économique pour un coût de 2€ en moyenne et totalement inclusif.

TUPI combine en fait plusieurs types de transport :

  • Domicile-travail dont une partie pourrait être pris en charge par l’employeur,
  • Pour les écoliers à heures fixes,
  • Et des colis en dehors de heure.

Comme les trajets sont prédéfinis, on peut déterminer à l’avance une majorité des trajets donc beaucoup mieux gérer la flotte de véhicules. TUPI vise également à redynamiser les centres villes au niveau des commerces, délaissés par la difficulté du stationnement et apaiser la ville dans le conflit permanent et mutuel ville-voitures.

Le système est breveté. Une étude a été réalisée avec l’ESSEC à Nice : 69% des personnes interrogées possédant une voiture prendrait un TUPI. Pour aller de la gare routière au vieux Nice, elles accepteraient de payer un prix de 12€. TUPI pourra le faire pour 3-4€. On vise à diminuer de 50% la pollution due au trafic routier urbain par la flotte de véhicules électriques fonctionnant en permanence. 

TUPI est un traitement sanitaire pour la ville ! Ce n’est pas seulement une solution de transport.

Gabriel : Quels sont vos besoins aujourd’hui ? Quelles sont les villes les plus intéressantes pour votre service ?

Pr.H.Bismuth : Il faut maintenant identifier un territoire pour commencer. Ces caractéristiques principales seraient une petite surface et beaucoup d’utilisateurs potentiels principalement employés et clients. Un bon exemple pourrait être le centre de Paris avec une forte pollution, une grande densité et beaucoup de flux. Un périmètre reliant les gares, soit 25 km² avec beaucoup de stations de métro et RER, de nombreux commerces, lieux culturels et entreprises.

Dans cette cible, il faudrait un accord de principe de la ville pour la mise au point du service. Nous pourrions ensuite lancer une enquête auprès des salariés et conducteurs pour déterminer ceux prêts à laisser leurs voitures et venir par TUPI en complément ou non de  transports en communs.

Ceci permettra de déterminer les trajets et les horaires pour établir le réseau de TUPI, le nombre de voitures et de chauffeurs. Ces derniers pourraient être des emplois d’avenir. Puis nous chercherons un partenaire financier. Il est probable que nous rencontrerons une opposition des taxis, il faudra chercher un accord car l’enjeu est grand, c’est un enjeu de santé.

Peut-on accepter en toute connaissance de cause aujourd’hui une surmortalité de 7% des citadins : 10 fois plus que les accidents de la route. On peut craindre qu’une ou des familles, un jour, pour un asthme développé chez leur enfant porte plainte. Les arguments existent pour incriminer la pollution de l’air. Qui se trouvera responsable ? Le spectre de l’affaire du sang contaminé peut ressurgir.

Comment la Fabrique des Mobilités pourrait elle m’aider ?

GabrielA ce stade, la Fabrique peut vous mettre en relation avec plusieurs territoires cibles et des opérateurs de transports publics pour bien connecter TUPI aux autres modes de transport.
Ceci pourrait aussi permettre d’accéder à certaines données pour calibrer la première flotte et expérimenter la version béta. Nous pouvons également vous mettre en relation avec un large réseau de contact pour échanger avec des projets similaires ou identifier des personnes intéressées pour rejoindre ce projet.