par Claire Lepelletier • Innovation, Non classé

Innovations et start-up au service d’une mobilité plus inclusive

Article rédigé par Claire Lepelletier – ASTER

Liberté, Egalité, Mobilité ! scande la plateforme Wimoov dont l’équipe se donne pour mission d’accompagner tous les publics en situation de fragilité (personnes en situation de handicap, personnes en insertion professionnelle, seniors…) vers une mobilité durable et autonome. Le rapport du Laboratoire de la Mobilité inclusive révèle que l’accès aux transports publics est malaisé pour 43% de la population française, or la mobilité en tant que facteur clef d’intégration économique et sociale est une composante de l’égalité des citoyens.  Comment les start-up et leurs solutions innovantes peuvent contribuer à relever le défi de cette mobilité pour tous ?


Un contexte démographique et législatif favorable à l’éclosion d’innovations dans le domaine de l’accessibilité
Aujourd’hui en France, l’INSEE estime que 12 millions de personnes sont touchées par un handicap. Si pour 80% d’entre elles il s’agit d’un handicap non immédiatement visible, 1,7 millions de personnes sont atteintes d’une déficience visuelle et 500 000 se déplacent en fauteuil roulant. Ces chiffres élevés s’inscrivent en outre dans une tendance au vieillissement de la population : les dernières projections en la matière établissent à plus de 15% la part de la population âgée de plus de 75 ans en 2060, faisant de chacun d’entre nous un candidat potentiel à des déplacements difficiles.

Les pouvoirs publics n’ont pas attendu la publication de ces statistiques pour légiférer en matière d’accessibilité. La loi du 11 février 2005 – communément appelée loi Handicap – a pour but de rétablir l’égalité des citoyens dans leur accès aux espaces publics incluant la chaîne de transport. Elle accordait initialement dix ans aux Etablissements Recevant du Public (ERP) pour se mettre en conformité avec cette exigence de mise en accessibilité. Au final, ce sont un million d’ERP qui sont concernés, au premier rang desquels des établissements publics comme la SNCF : celle-ci, avec son schéma directeur d’accessibilité signé en 2015, s’engage à rendre accessibles 160 gares supplémentaires d’ici 2024.

En outre, les pouvoirs publics renouvellent leurs efforts et leurs réflexions pour favoriser la mobilité des personnes en situation de fragilité économique. Toujours d’après le rapport du Laboratoire de la Mobilité inclusive, 23% de la population auraient déjà été contraints de refuser une offre d’emploi en raison d’un problème lié au transport. Comment éviter cela alors que le taux de chômage en France avoisine les 10% ?

Ce contexte démographique, économique et législatif se prête donc bien à l’éclosion de start-up porteuses d’innovations en faveur de l’accessibilité. A noter toutefois que l’intérêt que nous leur avons prêté au sein d’Aster se teinte de prudence pour ce qui concerne notre activité de capital-risque : l’importance des chiffres cités ci-dessus masque souvent une hétérogénéité des situations et des solvabilités économiques de nature à contrarier nos critères d’investissements en matière de « scalabilité » des innovations.

Planche fabrique des mobilités

Une floraison d’applications pour smartphone adaptées aux situations spécifiques des publics fragiles
 
Sans surprise, un des principaux leviers d’innovation réside dans l’utilisation du smartphone dont est équipé aujourd’hui un peu plus d’un Français sur deux. En particulier, son usage par les personnes déficientes visuellement ou malentendantes est désormais rendu possible par les progrès technologiques en matière de reconnaissance vocale. Ainsi l’application RogerVoice permet aux personnes malentendantes d’avoir une conversation téléphonique en transformant instantanément le propos de l’interlocuteur en messages instantanés. Les personnes déficientes visuellement, quant à elles, peuvent faciliter leur accès aux contenus web en téléchargeant l’application Voxiweb.

La généralisation de l’utilisation des smartphones est donc un vecteur puissant d’innovation. D’ailleurs l’accessibilité numérique n’est pas qu’un accessoire mais bien une composante essentielle de l’accessibilité à l’espace public.

Ainsi peuvent fleurir de multiples applications inspirées d’applications grand public mais remédiant à une situation spécifique. La plateforme bénéficiant le plus d’attraction médiatique est sans doute Wheeliz, souvent définie comme le Drivy des véhicules adaptés aux fauteuils roulants. Mais l’on trouve également Handivalise, une plateforme de mise en relation entre des accompagnateurs et des accompagnés sur des trajets longue distance. Cette plateforme se démarque d’un site de covoiturage classique comme Blablacar en étendant son service à d’autres moyens de transport comme le train, et surtout en veillant à sensibiliser ses accompagnateurs au handicap pour susciter la confiance des candidats à un accompagnement. Ce genre d’initiatives reçoit le soutien d’opérateurs de transport comme la SNCF, qui les identifie et les valorise entre autres lors de son Forum Access Solutions.

En parallèle, d’autres start-up travaillent à offrir des solutions innovantes aux collectivités locales des zones péri-urbaines ou rurales de manière à compléter l’offre de transport public. C’est le cas de la start-up Padam qui a développé un algorithme d’optimisation en temps réel des trajets de véhicules selon la demande des utilisateurs. Ce type de solution ouvre la possibilité de créer un transport de navettes à la demande sans doute moins onéreux que des dessertes régulières, et plus flexibles que les solutions par réservation téléphonique existantes. La start-up CoVoitici, quant à elle, cherche à encourager le covoiturage spontané dans les zones péri-urbaines avec ses bornes d’enregistrement placées sur des axes fréquentés. Enfin, on remarque des initiatives telles que BipPop qui propose un service de mobilité inversée en apportant le service à domicile aux personnes âgées ou immobilisées.
Cet inventaire des applications favorisant l’accessibilité ne vise pas l’exhaustivité mais à illustrer les dernières innovations complétant une offre de transport public parfois inadaptée voire inexistante. L’enjeu toutefois pour ces plateformes reste d’atteindre une masse critique d’offres et de demandes suffisante afin que leur service de mise en relation soit le plus « liquide » et le plus immédiat possible.

Perspectives ouvertes par les progrès en géolocalisation
 
L’autre levier important d’innovation en matière d’accessibilité vient des progrès réalisés en matière de géolocalisation. Plus de dix ans après le début de l’expérimentation Blueeyes menée par la RATP, la généralisation des smartphones équipés de capteurs adossée à la maturation des technologies de géolocalisation permet d’offrir des services de guidage et d’information sur mesure aux personnes en fonction de leur handicap.

Ainsi l’entreprise Audiospot fait sa spécialité de diffuser du contenu adapté sur les smartphones lorsque celui-ci détecte une balise BLE jalonnant une exposition ou un parcours touristique. Cette société dispose d’ores et déjà de références dans l’espace public comme les Nuits Blanches de la Mairie de Paris. La start-up Géonomie cherche quant à elle à faciliter les déplacements des citoyens en visant une géolocalisation à quelques centimètres près, rendue possible par la cartographie préalable à 360° de l’environnement (gare, établissement, voirie…). Ces diverses offres BtoBtoC subiront probablement encore quelques mois d’expérimentation avant que le marché n’élise le meilleur compromis en matière de coût/bénéfice.

Nos entrepreneurs français, jeunes pour la plupart, regorgent d’idées pour améliorer l’accessibilité au quotidien. Souhaitons à ces différentes initiatives d’atteindre une masse critique suffisante à leur viabilité et leur rentabilité – avec le soutien éventuel des parties prenantes de la mobilité – afin que le transport public ne soit pas uniquement un transport de masse mais un transport pour tous.