par Manon Molins • Articles, Innovation, territoires

Devenir le maître de ses données de mobilité

Fing – Ville de La Rochelle – Ademe/Fabrique des Mobilités

Nos mobilités sont fortement génératrices de données, dont les organisations sont friandes et sur la base desquelles beaucoup ont construit leur commerce. C’est en effet l’un des secteurs où nous produisons des données chaque jour, détenues par des acteurs très différents et sur lesquelles nous n’avons pas la main ! La multiplication des plateformes numériques (Waze, Drivy, Blablacar, Uber, etc), le simple fait de transporter un smartphone, mais également toutes les données détenues par des organisations “pré-numériques” comme les opérateurs de transports, opérateurs téléphoniques, acteurs publics locaux, étatiques, constructeurs automobiles, etc, sont autant de (re)sources potentielles de données. Le Self Data – des individus maîtres de leurs données – peut-il apporter des pistes de réponses pour des mobilités plus durables et efficientes ? C’est ce que nous explorons cette année à la Rochelle.

La Fabrique des Mobilités (Ademe), la Ville de La Rochelle, la Fing et ses partenaires s’associent autour du programme “MesInfos – Self Data Territorial”. Et si les individus, seuls ou en groupe, devenaient maîtres de leurs données pour mieux gérer leurs mobilités, contribuer à des causes d’intérêt général, à des projets collectifs, au pilotage du territoire (par exemple en contribuant à des enquêtes déplacements) ?  C’est le pari que nous faisons lors de cette année d’exploration du Self Data Territorial.

Self Data et Mobilité

L’individu est le seul acteur légitime à casser les silos de données qui le concernent. Le Self Data implique que les individus doivent pouvoir :

1) Récupérer les données personnelles qui les concernent, et qui sont aujourd’hui dans les systèmes d’information des organisations.

En cela, cette étape se rapproche du récent droit à la portabilité (Article 20) du RGPD qui précise que les individus doivent pouvoir récupérer (ou transmettre directement à un tiers) une copie de leurs données auprès des responsables de traitements qui les détiennent, dans un format lisible par des machines. Quelques curieux commencent déjà à activer ce droit. Antoine Augusti décrit ainsi sur son blog sa méthode pour récupérer ses données Trainlines, Martin Cahen lui, raconte dans un billet ses demandes auprès de sa banque, son opérateur de téléphonie mobile…

Certains acteurs commencent à se positionner pour outiller les individus dans leur demande de droit à la portabilité : soit pour télécharger une copie de leurs données soit pour les transférer directement à un tiers, comme PersonalData.io de Paul-Olivier Dehaye. [Aparté : il a été récemment élu – comme la Fing – au conseil d’administration de la toute jeune organisation MyData Global, l’occasion de partager nos travaux au niveau international, Trafi, par exemple, implémente des logiques de Self Data pour la mobilité en Finlande]. Cet outillage est également le souhait de la Fabrique des Mobilités, qui appelle tout acteur intéressé à contribuer au projet commun “récupérer ses données de mobilité”. La première étape ? Indexer les contacts des opérateurs pour demander ses données. N’hésitez pas à compléter le fichier !

2) Les stocker/les administrer de façon sécurisée

Cependant, récupérer ses données de mobilité pour la beauté du geste ne touchera que quelques curieux et geeks qui souhaitent s’attaquer de plus près au sujet. Les démarches peuvent être longues, on ne récupère parfois que de la donnée à un temps T, non mises à jour. Il faut permettre aux individus d’agréger facilement leurs données de mobilité venant de différents responsables de traitement, de les stocker de manière sécurisée et de les administrer. Cet intermédiaire de confiance s’apparente aux PIMS (Personal Information Management Systems) dans un monde de Self Data. Ils permettent aux individus de disposer d’un domicile numérique pour leurs données. Ils peuvent être transverses (ex : Cozy Cloud ou Digi.me) mais également thématiques, comme c’est le souhait d’un concept produit par la Fabrique des Mobilités : Le Compte Mobilité. Après tout, TrainLine dispose d’une API, plutôt que de laisser les individus faire leurs demandes à TrainLine, proposons des outils pour leur permettre de les récupérer facilement et régulièrement.

3) Les réutiliser, en tirer des usages

Une chose est de récupérer ses données et de les administrer. Une autre est de les réutiliser. C’est le principe au coeur du Self Data et du droit à la portabilité : permettre aux individus de tirer des usages de leurs données. Ils peuvent être simples et utiles, par exemple comprendre et visualiser ses propres données de mobilité, voire les partager volontairement à des fins de recherche, comme cela sera expérimenté dans le cadre du projet de la Fabrique “Traces de Mobilité” avec le cloud personnel Cozy. Ou cela peut concerner des usages plus collectifs, pour, par exemple, produire des connaissances utiles aux collectivités, permettre aux citoyens, au travers de leurs données, de contribuer à refonder l’offre de mobilité de leurs territoires. Ce sujet sera particulièrement abordé lors d’un Meetup ouvert le 5 décembre à 18h à Paris.

Le Self Data au service de nos mobilités à La Rochelle

L’approche Self Data Territoriale menée par la Fing, en collaboration avec la Fabrique des mobilités avec la ville de La Rochelle se propose de capitaliser sur ces différents projets, actions et opportunités.

Dans le cadre du projet MesInfos – Self Data Territorial, trois villes, chacune sur une thématique différente (Grand Lyon/Education ; Nantes Métropole/TEE ; La Rochelle/Mobilité), imaginent avec la Fing et ses partenaires les modalités d’implémentation du Self Data. Pour 1) permettre aux individus d’être maîtres de leurs données, individuellement ou en commun 2) contribuer, par leurs données ou via des usages précis, au pilotage du territoire, à des causes d’intérêt général…

Certains défis concrets de mobilité auxquels le Self Data peut répondre ont déjà émergé à La Rochelle. Grâce au Self Data, les Rochelais pourraient mieux maîtriser leur budget mobilité (trouver une assurance selon leur profil, comprendre et réduire les coûts de leurs équipements, …) ; calculer et réduire l’empreinte carbone de leurs mobilités (seul, à plusieurs, en collaboration avec le territoire) ; contribuer à repenser l’offre de mobilité sur le territoire (plus écologique, plus inclusive, plus efficiente, …) ; allier l’utile à l’agréable – se voir proposer des trajets alternatifs, plaisants, culturels sur le territoire tout en gérant son empreinte carbone (#tourisme, #loisirs)…

D’autres usages plus collectifs des données personnelles ont également été notés : améliorer les enquêtes déplacements (chères et réalisées tous les 10 ans), contribuer à des enquêtes santé/mobilité, à une meilleure compréhension de l’évolution de la qualité de l’air, acheter en commun des assurances véhicules, etc…

Le potentiel du Self Data pour nos mobilités est immense. Rejoignez-nous à La Rochelle et à Paris (inscription gratuite mais obligatoire) !

  • Phase I – Datablitz – Cartographier les données personnelles qui pourraient être partagées aux individus.

L’atelier a eu lieu le 20 novembre. Nous en tirerons une cartographie collaborative recensant les données personnelles pertinentes pour permettre aux individus de gérer leurs mobilités. Elle sera partagée prochainement, on compte sur vous pour l’enrichir !

  • Phase II – Imaginer les cas d’usages mobilisant ces données et leurs gouvernances

 Retrouvez-nous les 17/01 [lien] et 12/02 [lien] pour les ateliers Imagine – quels cas d’usage pour quelles gouvernances ?

Sur la base de la cartographie des données personnelles constituée en décembre, nous imaginerons des services et cas d’usage véritablement implémentables à La Rochelle. Nous incarnerons également ces cas d’usage et services via une approche plus globale de leurs modalités de gouvernance. Les données personnelles sont partagées, soit, mais ensuite ? De quoi parle-t-on ? D’une plateforme ? D’un cloud personnel ? D’une coopérative de données ?

  • Phase III – Concevoir un kit pour une implémentation en 2020

Le 16/05 [lien], nous vous proposons un atelier “Conception” – Kit d’implémentation afin de prendre un moment pour réfléchir à différentes formes d’expérimentations/d’implémentations possibles du Self Data sur La Rochelle pour permettre aux individus de mieux gérer leurs mobilités et de participer au pilotage du territoire.

La Fing organise également à Paris deux journées de partage, pour avancer collectivement et permettre à tous les acteurs de s’impliquer dans la démarche (le 28 Mars 2019  [lien] et le 2 Juillet 2019 [lien]