par Gabriel Plassat • Innovation

A la découverte de Netlift au Québec

La ville de Brossard vient d’annoncer un partenariat pour une année avec Netlift, société de covoiturage quotidien. Pour son maire Paul Leduc : « Les avantages de notre entente avec Netlift sont multiples pour Brossard. Investir dans des infrastructures de transport en commun est complexe et coûte très cher. Le projet pilote mise sur l’engagement des citoyens et sur les possibilités offertes par l’économie de partage pour augmenter la disponibilité et la diversité des offres de transport sur le territoire. Le programme s’inscrit dans nos objectifs de réduire la congestion automobile, le nombre de places utilisées dans les stationnements incitatifs et d’accroitre le recours à des solutions alternatives de transport. Il permettra aussi de collecter des données d’utilisation précieuses pour mieux planifier la mobilité à Brossard. »

Lors de notre déplacement à Montréal en préparation de Movin’On, nous sommes allés à la rencontre de Marc-Antoine Ducas, CEO de Netlift.

Bonjour Marc-Antoine, vous lancez une offre de covoiturage, ici, à Montréal. Tout d’abord, dites nous un peu où êtes-vous installés et quel est votre parcours professionnel ?

Nous sommes installés dans le Vieux-Montréal, au 5ème étage d’une ancienne banque d’affaires. Nous sommes dans ce qui est à la fois le quartier historique et touristique de Montréal, mais également un pôle important de startups en technologies. Nous partageons un espace de coworking de avec notre compagnie « soeur », nventive. C’est un espace ouvert de 1400m2, avec une centaine d’employés qui produisent des applications pour la Silicon Valley.

Netlift est ma quatrième startup. Monter des boîtes et les faire croître, c’est un peu ma spécialité. Au départ, je suis un produit du Conservatoire de Musique (pianiste et compositeur), et de l’École Polytechnique, comme ingénieur informatique. C’est vraiment par accident que je suis devenu entrepreneur. Je vois des problèmes, je mobilise des ressources pour les régler, puis je trouve une façon de vendre ces solutions.

Quels sont, pour Netlift, les ingrédients principaux à rassembler pour avoir une offre de covoiturage quotidien qui réponde aux besoins des citoyens ?

Nous avons évidemment fait beaucoup d’expérimentation technique et sociale pour en arriver à notre compréhension du modèle, qui est malheureusement beaucoup plus complexe qu’on l’aurait cru au départ. On croyait naïvement qu’en programmant une appli qui roule Google Maps, avec des adresses communes de départ et d’arrivée, on serait millionnaire! On a vite réalisé que le modus operandi des navetteurs est très contraignant.

On a découvert que la distribution démographique des métropoles est ainsi faite que 0,4% des collègues de travail partagent une origine, une destination et un horaire commun. Et quand ça survient, il s’agit d’un pépin mineur pour faire planter le jumelage. par exemple, un gamin malade, rester au boulot plus tardivement que prévu…

Ensuite, les gens sont pressés: on ne peut pas quitter avant d’avoir déposé les enfants à l’école, mais il faut être arrivé au travail pour 9h. Donc contraintes d’horaires au départ et à l’arrivée. Finalement, qui peut décaler et ajuster son horaire de 15 minutes pour accomoder un voici de quartier, si le seul rendement disponible n’est que basé sur le kilométrage, soit 2 Euros la course.

Bref, on a découvert que pour remplacer la voiture en solo, il a fallu mettre au point un système intermodal (combinant covoiturage, transport en commun, taxi) et à la tarification multifactorielle (qui tient compte des véhicules, du parking en amont et en aval, du coefficient de flexibilité de chaque utilisateur, de la contribution financière de l’employeur et/ou de la collectivité, etc.)

Avez vous aujourd’hui des utilisateurs, que savez vous d’eux et surtout comment avez vous prévu de croitre autour de Montréal et peut être ailleurs dans le monde ?

Oui bien sûr, nous avons sur Montréal plus de 15,000 utilisateurs, qui ont des habitudes de déplacement très variées, allant du navettage quotidien au trajet occasionnel. Nous avons au cours de la dernière année effectué des analyses très fines de 120 métropoles dans le monde, afin de déterminer celles qui sont les plus susceptibles de recevoir positivement une solution comme la nôtre. Nous tenons vraiment à s’intégrer soigneusement et respectueusement au tissu urbain, afin de contribuer réellement et de façon mesurable à la réduction des émissions de GES et de la congestion.

Par exemple, le 11 avril dernier, nous avons gagné avec la Municipalité de Brossard (80,000 habitants en banlieue sud de Montréal), un contrat de plus de 500,000 dollars par an pour assurer à leurs citoyens, un service de transport « porte-à-porte », 24 heure par jour, 7 jour par semaine, en combinant les modes covoiturage, taxi-navette et transport collectif. Nous les aidons à mesurer les économies de GES, car notre technologie est certifiée ISO 14000, et nous les aidons à coordonner parking, voies réservées et planification de congestion.

Nous avons retenu 5 métropoles avec lesquelles nous avons bien avancé sur le plan technique, commercial et intégration de systèmes. 2017 est pour nous une année de développement international.

Comment considérez vous l’écosystème français de la mobilité ? Avez vous envie de travailler avec ces acteurs et comment la Fabrique des Mobilités pourrait vous aider ?

La France est pour nous le marché le plus avancé sur le plan des mobilités. C’est vraiment le benchmark pour tout ce qui a trait au transport des personnes; les grands groupes comme Keolis ou TransDev sont à la fine pointe des innovations en transport collectif. Les navettes autonomes de Navya et Navly sont tout à fait comparables à ce qui fait de mieux dans la Silicon Valley. Les collectivités locales et les gouvernements réfléchissent avec une véritable vision de développement humain et pérenne et bien sûr, les startups qui se lancent en covoiturage créent un bouillonnement concurrentiel extrêmement sain. L’intérêt qu’ont pour notre solution des groupes ou employeurs français (qui en ont vu d’autres, comme toi Gabriel !), prouve que nous faisons les choses bien.

Maintenant la France mérite que les startups passent au stade de grande entreprise afin de rassurer l’acheteur; si une ville comme Brossard passe un contrat d’un demi-million à une startup, c’est que notre technologie, notre équipe de direction, notre proposition financière, notre cadre juridique et fiscal, notre respect du contexte sont tous conformes aux exigences.

Quand on est à Montréal, on est exactement à mi-chemin entre la France et la Californie et à ce titre, nous sommes bien placé pour soupeser les avantages et inconvénients de chaque marché. Je pense que la Fabrique des Mobilités peut nous aider à présenter notre solution aux donneur d’ordre d’une part, mais également peut nous aider à comprendre les besoins manifestés par ces clients. Au fond, que cherchent à résoudre les collectivités, les citoyens, les employeurs ? Voilà la base de cette collaboration.

Pour en savoir plus : le communiqué de presse de la Ville de Brossard sur le projet pilote de micro-transit.